picturetank.com
Français Anglais Retour Retour

du bon usage de la vieillesse


Gaëlle Magder

Lorsque j’ai commencé ce travail sur le thème du « bien vieillir », je me suis tout d’abord documentée sur la manière dont mes confrères avaient abordé le sujet. Parmi les nombreux reportages photographiques déjà réalisés, beaucoup traitaient de la solitude, des maisons de retraites ou de la maladie d’Alzheimer... Autant dire rien de très positif. Mais alors, me suis-je demandé, est-ce donc seulement ça la vieillesse ? Aujourd’hui ces seniors, qui représentent près de 21% de la population française, ne sont plus ceux d’hier. Destinés à être de plus en plus nombreux, ils repoussent la dégradation physique et mentale, tant redoutée par tous, aussi assurément que le désert avance. On voit même apparaître la notion de « 4e âge », tant le 3e n’est plus ce qu’il était, il y a à peine une génération. Pour répondre à mes interrogations, je suis allée à la rencontre de Monique, Émile, Denise, Julien, et bien d’autres encore. Tous m’ont ouvert leurs portes, et je les remercie de m’avoir fait confiance en acceptant de participer à cette aventure. Chacun à sa manière, ils m’ont montré comment ils vivent leur vieillesse, et à l’encontre des idées reçues, j’ai découvert des gens dynamiques… et plein d’avenir. Certains prennent soin de leur corps, d’autres de ce qu’ils mangent, mais tous débordent d’activité. La plupart m’avouent même être plus actifs que lorsqu’ils travaillaient ! Le mot-clé de leur quotidien étant de ne jamais s’ennuyer, ils s’adonnent aux plaisirs de la natation, du golf, de la pétanque, de la lecture, ou encore d’activités sociales, culturelles ou politiques. J’ai voulu ces portraits simples et naturels, à l’image de ce que j’ai ressenti chez eux. Remplis d’humanité et de douceur, ils m’ont enseigné, chacun à leur manière, le « bon usage de la vieillesse ». Un jour, je ressemblerai probablement à l’un d’eux, et cette idée ne me déplait pas. À l’ère des liftings et de la chirurgie esthétique, je ne crois pas qu’il faille être « top model » pour bien vieillir, et c’est cela que j’ai voulu défendre dans cette série. La vieillesse se joue d’abord dans la tête, alors, lorsque je les interroge sur ce qu’elle représente pour eux, beaucoup affirment, avec une certaine honnêteté, « Je ne sais pas, je ne me sens pas vieux/vieille moi ! » Ainsi, à bientôt 80 ans, Thérèse me raconte « cet âge délicieux où je n’ai plus rien à prouver, où, d’objet de tous les appétits, je suis devenue sujet de ma propre existence. » Quant à Ely, du haut de ses 87 ans, il m’assure fièrement qu’il se sent mieux qu’à 20 ans, que ce soit physiquement, psychologiquement, ou sexuellement.



top
Retour Retour